Comment fonctionne un crédit Lombard
Un crédit Lombard est une avance de trésorerie garantie par un portefeuille de titres ou par un contrat d'assurance-vie. Vous nantissez, c'est-à-dire que vous donnez en garantie ; vous ne vendez pas. Le portefeuille reste investi, continue de produire ses revenus, et conserve son antériorité fiscale. En contrepartie, l'établissement prend une sûreté et vous consent une ligne dont le montant dépend de ce que ce portefeuille vaut à ses yeux — ce qui n'est pas la même chose que ce qu'il vaut sur votre relevé.
C'est la différence essentielle avec un crédit classique. Un banquier qui finance un immeuble regarde vos revenus, votre taux d'endettement, votre reste à vivre. Un crédit Lombard ne regarde à peu près rien de tout cela : il regarde le collatéral. Un dirigeant qui vient de céder sa société, sans salaire déclaré depuis six mois, sera refusé partout pour un prêt immobilier classique et obtiendra une ligne Lombard en quelques semaines.
La quotité de financement, ou ce que la banque accepte de reconnaître
Chaque classe d'actifs se voit appliquer un pourcentage — la quotité, ou loan to value. Un fonds en euros, dont la valeur ne baisse pas, est financé autour de 75 %. Un portefeuille obligataire de qualité, autour de 70 %. Des actions ou des ETF, qui peuvent perdre 30 % en quelques semaines, autour de 60 %. Le private equity, les fonds de dette privée et plus généralement tout ce qui n'a pas de valeur liquidative quotidienne : le plus souvent zéro.
Ce dernier point surprend systématiquement. Un client qui détient 200 000 € d'Altaroc ou de fonds de dette privée les considère, à juste titre, comme une part significative de son patrimoine. Pour la banque prêteuse, ils ne valent rien en garantie : elle ne pourrait ni les vendre rapidement ni même les valoriser un jour donné. La conséquence pratique est qu'un portefeuille très diversifié n'est pas nécessairement un portefeuille très finançable.
La somme de ces valeurs de gage donne la capacité maximale. Les grilles varient d'un établissement à l'autre, et se négocient : c'est souvent là que se joue l'essentiel de l'écart entre deux propositions, davantage que sur le taux affiché.
Le coût réel
Le taux d'un crédit Lombard est presque toujours variable, indexé sur l'Euribor 3 mois ou sur l'€STR, majoré d'une marge négociée. Les intérêts se calculent en ACT/360 — le nombre de jours réels rapporté à une année de trois cent soixante jours, ce qui majore légèrement le coût par rapport à une base de trois cent soixante-cinq. Le remboursement est généralement in fine : vous ne payez que les intérêts, le capital étant remboursé au terme ou lors d'un rachat partiel.
À ce coût s'ajoutent des frais que ce simulateur n'affiche pas parce qu'ils dépendent entièrement de l'établissement : frais de dossier, frais de nantissement, commission d'engagement sur la partie non tirée, frais de tenue du compte crédit. Ils peuvent représenter plusieurs milliers d'euros la première année. Enfin, la plupart des banques exigent d'immobiliser six à douze mois d'intérêts sur un compte dédié : cette provision réduit d'autant la trésorerie réellement disponible.
L'appel de marge, ce qui se passe vraiment
C'est le risque propre à ce type de crédit, et il est mal compris. Si la valeur de gage de votre portefeuille passe sous le montant emprunté, la banque vous demande de rétablir la couverture : apporter des liquidités, apporter d'autres titres, ou rembourser une partie du crédit. Si vous ne le faites pas dans le délai imparti — souvent quelques jours — elle vend elle-même les titres nantis. Elle les vend donc, par construction, au plus mauvais moment : quand les marchés ont baissé.
D'où la marge de sécurité. Emprunter la totalité de la capacité maximale, c'est accepter qu'une baisse de 1 % du portefeuille déclenche un appel. En s'arrêtant à 80 % de cette capacité, on se ménage une résistance de 20 % — un ordre de grandeur qui absorbe une correction ordinaire, sans protéger d'un krach. C'est le paramètre que ce simulateur applique par défaut, et le seul chiffre qu'il faut regarder avant le montant lui-même.
Les usages qui justifient un Lombard, et ceux qui ne le justifient pas
L'usage le plus solide est le pont de trésorerie : financer un achat immobilier avant la vente d'un autre bien, honorer un appel de fonds de private equity, saisir une opportunité professionnelle sans désinvestir au mauvais moment. Le crédit est court, l'issue est identifiée, et l'on sait comment on le rembourse.
Le deuxième usage est fiscal : éviter un rachat sur un contrat d'assurance-vie qui perdrait son antériorité, ou éviter de matérialiser une plus-value latente importante. L'économie d'impôt évitée se compare alors au coût des intérêts, et le calcul se fait au cas par cas.
Le troisième usage, l'effet de levier — emprunter pour réinvestir — est le plus fréquemment mis en avant et le plus fragile. Il ne fonctionne que si le rendement net du réinvestissement dépasse durablement le coût du crédit, sur un actif suffisamment liquide pour ne pas déclencher d'appel de marge en cas de baisse. Ces deux conditions sont rarement réunies en même temps, et l'effet de levier amplifie les pertes exactement comme il amplifie les gains.
Ce que ce simulateur ne fait pas
Il applique des quotités moyennes de marché à quatre grandes classes d'actifs. Chaque établissement a sa propre grille, révisée périodiquement, et l'écart entre deux banques sur un même portefeuille dépasse couramment 15 % de capacité. Il ne modélise ni la règle de concentration — aucune ligne individuelle, par code ISIN, ne doit en principe dépasser 40 % de l'allocation, faute de quoi une décote s'applique — ni la décote appliquée lorsque le crédit est libellé dans une devise différente de celle du collatéral, de l'ordre de 10 %. Il ne traite pas les produits structurés, dont la quotité dépend de leur mécanisme et doit être validée en amont, ni les crypto-actifs, ni les titres non cotés de sociétés opérationnelles.
Il n'intègre aucun frais : ni dossier, ni nantissement, ni commission d'engagement, ni tenue de compte, ni provision d'intérêts à immobiliser. Le coût affiché est donc un plancher. Il suppose un remboursement in fine et un taux constant sur toute la durée, ce qui n'est jamais le cas avec un taux variable. Enfin, il ne dit rien du montant minimum : la plupart des établissements n'ouvrent pas de ligne en dessous de plusieurs centaines de milliers d'euros de relation, et certains exigent que le portefeuille soit logé chez eux.
Le chiffre obtenu ici est un ordre de grandeur destiné à savoir s'il y a un sujet. Ce n'est ni une offre de crédit, ni un accord de principe, ni un engagement d'un quelconque établissement.
Questions fréquentes
Est-ce que je perds la propriété de mes titres ?
Non. Le nantissement est une sûreté : vous restez propriétaire, le portefeuille reste investi et continue de produire. La banque acquiert seulement le droit de faire vendre si la couverture n'est plus assurée et que vous ne la rétablissez pas.
Le nantissement d'un contrat d'assurance-vie a-t-il un effet fiscal ?
Non, et c'est précisément son intérêt. Nantir n'est pas racheter : le contrat n'est pas dénoué, l'antériorité fiscale est conservée, la clause bénéficiaire reste en place. Un rachat, à l'inverse, déclenche l'imposition des plus-values et fait perdre le bénéfice de l'ancienneté.
Puis-je continuer à arbitrer mon portefeuille ?
En général oui, dans les limites fixées par la convention de nantissement. Certains établissements imposent un accord préalable pour les mouvements significatifs, ou interdisent de faire baisser la quotité moyenne en dessous d'un seuil. C'est un point à vérifier avant de signer, pas après.
Que se passe-t-il si les taux montent ?
Le coût augmente immédiatement, puisque le taux est variable. Sur un crédit de 500 000 €, une hausse d'un point de l'Euribor représente 5 000 € d'intérêts supplémentaires par an. C'est le second risque de ce type de financement, moins spectaculaire que l'appel de marge mais bien plus fréquent.
Combien de temps pour obtenir une ligne ?
Entre trois et huit semaines selon l'établissement et la complexité du dossier, l'essentiel du délai tenant à l'analyse du portefeuille et à la mise en place du nantissement.